Chapitre 2 : impact de la neuroéducation sur la réduction de la stigmatisation envers les élèves ex-associes à Boko Haram dans les écoles primaires des Monts Mandara

Axe 1 : bases neurobiologiques de l’apprentissage

Tiré à part_MamtsaiYagaï

 

Résumé : L’impact de la neuroéducation sur la réduction de la stigmatisation envers les ex-associés à Boko Haram dans les écoles primaires des monts Mandara. Les monts Mandara, situés au Cameroun, ont été touchés par la crise de Boko Haram, entraînant la stigmatisation des ex-associés à ce groupe terroriste. Selon un rapport de l’ONU (2020), plus de 200 000 personnes ont été déplacées dans la région. Une étude menée par le chercheur camerounais, Pemboura (2021), a montré que la stigmatisation des ex-associés à Boko Haram est un obstacle majeur à leur réintégration sociale. La théorie de la stigmatisation de Goffman (1963) suggère que la stigmatisation est une construction sociale qui peut être modifiée par des interventions éducatives. Cependant, les faits observés sur le terrain montrent que les ex-associés à Boko Haram sont souvent rejetés par leurs communautés. Quel est l’impact de la neuroéducation sur la réduction de la stigmatisation envers les élèves ex-associés à Boko Haram dans les écoles des monts Mandara ? La théorie de la neuroéducation de Sousa (2016) suggère que l’éducation peut influencer le développement cérébral et réduire les comportements stigmatisants. Dans cette étude, nous avons interrogé un échantillon de 100 élèves du primaire ayant été en contact direct ou indirect avec Boko Haram et 50 de leurs enseignants et directeurs. Les résultats (p-value < 0,001) montrent que la neuroéducation contribue à réduire la stigmatisation envers les ex-associés à Boko Haram et favorise leur acceptation sociale. Ainsi, les écoles des monts Mandara devraient intégrer des programmes de neuroéducation pour améliorer la réinsertion sociale des élèves ex-associés à Boko Haram.

Mots clés : Neuroéducation, stigmatisation, ex-associés à Boko Haram, écoles primaires, Monts Mandara.

Abstract: The impact of neuroeducation on the reduction of stigmatisation experienced by former Boko Haram associates in primary schools located within the Mandara Mountains of Cameroon is a subject that has been the focus of recent scholarly attention. The Mandara Mountains have been adversely affected by the Boko Haram crisis, resulting in the stigmatisation of individuals associated with this terrorist group. According to a United Nations report (2020), the region has witnessed over 200,000 individuals being displaced. A study by Cameroonian researcher Pemboura (2021) has shown that the stigmatisation of former Boko Haram associates is a major obstacle to their social reintegration. Goffman’s stigma theory (1963) suggests that stigma is a social construct that can be modified by educational interventions. However, evidence from the field shows that ex-Boko Haram associates are often rejected by their communities. The present study aims to explore the impact of neuroeducation on reducing the stigmatisation of ex-Boko Haram associates in Mandara Mountain schools. Sousa’s (2016) theory of neuroeducation posits that education can influence brain development and reduce stigmatising behaviour. In this study, we conducted in-depth interviews with a sample of 100 primary school pupils who had been in direct or indirect contact with Boko Haram and 50 of their teachers and school headmasters. The results obtained demonstrate that neuroeducation has a positive impact on the reduction of stigmatisation experienced by former Boko Haram associated pupils, thereby promoting their social acceptance. It is therefore recommended that schools in the Mandara Mountains incorporate neuroeducation programmes to facilitate the social reintegration of former Boko Haram associated pupils.

Keywords: Neuroeducation, stigmatisation, former Boko Haram associates, primary schools, Mandara Mountains.

 

Introduction

Le terrorisme et l’extrémisme violent sont en progression constante depuis les attaques des tours jumelles de Wall Street Centre le 11 septembre 2001 aux Etats-Unis d’Amérique. L’Afrique subsaharienne continue d’être particulièrement touchée. Un groupe djihadiste radical, fondé par Mohammed Yusuf en 2002 au Nigéria, y prône une interprétation de l’islam qui s’oppose à la culture occidentale, d’où son nom Boko Haram que plusieurs analystes traduisent par « l’éducation occidentale est un péché », mais que le linguiste Newman (2013) rattache plutôt au mot haussa, karatun boko, lequel, selon lui, renvoie au simulacre, à la fraude et à la corruption favorisée par l’éducation occidentale.

La mort de Mohammed Yusuf en 2009 ouvre une période de restructuration interne au sein de Boko Haram, marquée par des luttes de pouvoir entre différents cadres du mouvement. Finalement, Abubakar Shekau, un proche de Yusuf, prend la tête du groupe en 2010 et en modifie profondément la stratégie. Sous son commandement, Boko Haram s’engage dans une série d’attaques violentes, notamment des attentats-suicides des populations civiles, des attaques contre les forces de sécurité, des enlèvements des jeunes et des enfants. En 2015, le groupe a été classé comme l’un des plus meurtriers au monde par le Global Terrorism Index de l’Institute for Economics and Peace (IEP, 2015) : au moins 17 000 morts, 2,8 millions de personnes déplacées dans la région du Lac Tchad, et des impacts économiques négatifs sur le tourisme et les investissements.

Les conséquences sociales et économiques du conflit sont profondes dans les Monts Mandara, à cheval entre le Nigéria et le Cameroun, riche en diversité économique, culturelle et ethnique, mais aussi marquée par des conflits intercommunautaires, souvent exacerbés par des facteurs socio-économiques tels que la pauvreté et l’accès limité à l’éducation formelle (Idika-Kalu, 2020).

Depuis 2017, plusieurs personnes, dont des femmes, des hommes et surtout des enfants enrôlés et ayant vécu pendant plus d’un an à dix ans sous le contrôle de Boko Haram reviennent dans les communautés des Monts Mandara. Appelés ex-associés ou personnes anciennement associées à Boko Haram, ce sont des personnes qui auraient eu un lien direct ou indirect avec le groupe Boko Haram. C’est une désignation large visant à englober toutes les personnes ayant vécu volontairement ou non sous le contrôle de Boko Haram, ayant joué divers rôles (combattants, recruteurs chargés de l’endoctrinement, ravitailleurs, passeurs, conducteurs de motos d’attaques, opérateurs de téléphonie, etc.), sans égard à des facteurs tels que l’âge, la relation, le sexe, et ce, sans préjuger de la nature de leur lien avec le groupe. Il englobe ainsi ceux qui ont été affiliés à Boko Haram et ont ultérieurement quitté l’organisation pour diverses raisons, telles que la désillusion, la pression sociale, ou des circonstances personnelles (Issa & Machikou, 2019).

La compréhension du vécu des ex-associés, en particulier des enfants et des défis auxquels ils font face demeure essentielle pour appréhender la stigmatisation qu’ils endurent. Les enfants qui ont été associés à Boko Haram sont souvent rejetés par leurs pairs et leurs communautés, ce qui peut entraîner des problèmes d’intégration scolaire et sociale d’après les travaux de Adebimpe et al. (2023).

La stigmatisation envers les ex-associés à Boko Haram est un problème majeur dans les écoles des monts Mandara. Selon une étude appuyée par de la Banque mondiale[1], la stigmatisation envers les ex-associés à Boko Haram peut entraîner des problèmes d’intégration scolaire et sociale, ce qui peut affecter leur avenir économique et social. Les enseignants et les élèves peuvent avoir des préjugés envers les ex-associés à Boko Haram, ce qui peut entraîner des difficultés d’intégration et des problèmes de comportement. Au Cameroun, l’intersection des crises humanitaires simultanées, principalement celle de boko haram, a entraîné une situation où 1,4 million d’enfants scolarisables nécessiteront une assistance éducative en 2023[2].

L’intégration de la neuroéducation dans la réduction de la stigmatisation envers les ex-associés à Boko Haram dans les écoles des monts Mandara est une approche innovante qui peut contribuer à améliorer l’intégration scolaire et sociale des enfants qui ont été associés à Boko Haram. La neuroéducation est une discipline qui étudie comment le cerveau apprend et comment les enseignants peuvent utiliser ces connaissances pour améliorer l’apprentissage. Selon une étude de Bonneville-Baruchel (2018), la neuroéducation peut contribuer à améliorer l’intégration scolaire et sociale des enfants qui ont été victimes de traumatismes.

Le problème de l’étude est lié à la théorie de la « réinsertion sociale » développée par les sociologues du développement, tels que Sen et Nussbaum  (Nussbaum, 2000; Sen, 1999). Selon cette théorie, la réinsertion sociale des individus qui ont été exclus ou marginalisés est un processus complexe qui nécessite une approche holistique et multidimensionnelle. Cependant, les réalités observées sur le terrain dans les écoles des monts Mandara révèlent un contraste frappant avec cette théorie. En effet, les ex-associés à Boko Haram qui tentent de se réinsérer dans la société sont souvent confrontés à une stigmatisation et à une exclusion qui les empêchent de bénéficier d’une réelle réinsertion sociale.

Les études menées par les chercheurs dans la région des monts Mandara ont montré que les ex-associés à Boko Haram sont souvent perçus comme des « ennemis » ou des « traîtres » par les communautés locales, ce qui les empêche de bénéficier d’une réelle réinsertion sociale (Mahamat, 2020; Ngassam, 2020). Labara et al. (2020) révèlent que 80 % des femmes ex-associées de Boko Haram dans l’Extrême-Nord du Cameroun étaient perçues négativement par leurs communautés, les considérant comme des complices volontaires du groupe armé. De plus, les écoles des monts Mandara sont souvent incapables de fournir un environnement sûr et inclusif pour les ex-associés à Boko Haram, ce qui les empêche de bénéficier d’une éducation de qualité et de se réinsérer dans la société (Heungoup, 2018). Ces réalités observées sur le terrain révèlent un contraste frappant avec la théorie de la « réinsertion sociale » et soulèvent des questions importantes sur la manière de réduire la stigmatisation envers les élèves ex-associés à Boko Haram dans les écoles primaires des monts Mandara.

La question principale de cette étude est donc : Comment la neuroéducation peut-elle contribuer à réduire la stigmatisation envers les ex-associés à Boko Haram dans les écoles des monts Mandara et favoriser leur réinsertion sociale ? Cette question est centrale pour comprendre comment les approches éducatives peuvent être adaptées pour répondre aux besoins spécifiques des ex-associés à Boko Haram et favoriser leur réinsertion sociale dans les communautés locales.

 

  1. Cadre théorique

La théorie de la « capabilité » développée par Sen (1992) peut expliquer le sujet de l’intégration de la neuroéducation dans la réduction de la stigmatisation envers les ex-associés à Boko Haram dans les écoles des monts Mandara. Selon Sen, la capabilité est la capacité d’un individu à réaliser ses objectifs et à atteindre ses aspirations. La capabilité est définie comme la combinaison de trois éléments : les ressources, les opportunités et les capacités personnelles. De Haan (2012, 2017) a enrichi cette analyse en intégrant la notion d’agence individuelle, montrant comment les acteurs peuvent non seulement exploiter ces ressources mais aussi influencer les structures qui en déterminent l’accès. Il a souligné que les moyens de subsistance ne sont pas uniquement des outils de survie mais aussi des éléments qui confèrent un sens et une identité aux individus.

Dans le contexte des écoles des monts Mandara, la théorie de la capabilité peut expliquer comment les ex-associés à Boko Haram peuvent être empêchés de réaliser leurs objectifs et d’atteindre leurs aspirations en raison de la stigmatisation et de l’exclusion. Les ressources, telles que l’accès à l’éducation et aux opportunités économiques, peuvent être limitées pour les ex-associés à Boko Haram en raison de la stigmatisation. Les opportunités, telles que la possibilité de participer à des activités sociales et culturelles, peuvent également être limitées. Enfin, les capacités personnelles, telles que la confiance en soi et l’estime de soi, peuvent être affaiblies en raison de la stigmatisation et de l’exclusion.

La neuroéducation peut jouer un rôle important dans la réduction de la stigmatisation envers les ex-associés à Boko Haram en améliorant leurs capacités personnelles et en leur fournissant les ressources et les opportunités nécessaires pour réaliser leurs objectifs et atteindre leurs aspirations. Sousa (2016), l’un des principaux auteurs de la théorie de la neuroéducation, souligne que cette approche permet d’optimiser les processus d’apprentissage et de favoriser le développement des compétences socio-émotionnelles. En effet, la neuroéducation peut aider les individus à développer des compétences sociales et émotionnelles, telles que la gestion du stress et la régulation des émotions, qui sont essentielles pour la réinsertion sociale. De plus, la neuroéducation peut aider les individus à améliorer leur confiance en soi et leur estime de soi, ce qui peut les aider à surmonter les obstacles liés à la stigmatisation et à l’exclusion.

Les concepts majeurs de ce sujet sont la stigmatisation, la réinsertion sociale et la neuroéducation.

La stigmatisation est définie par Goffman comme « un attribut qui dévalue la personne et la rend indésirable » (Goffman, 1963).  Elle fait référence au processus par lequel un individu ou un groupe d’individus est marqué, rejeté ou discriminé en raison de caractéristiques perçues comme indésirables (Croizet & Martinot, 2003).

Dans le contexte des écoles des monts Mandara, la stigmatisation envers les ex-associés à Boko Haram peut prendre la forme d’une exclusion sociale, d’une discrimination et d’une marginalisation. Selon Link et Phelan (2001), la stigmatisation peut avoir des conséquences graves sur la santé mentale et physique des individus stigmatisés.

La réinsertion sociale est un concept qui fait référence au processus par lequel les individus qui ont été exclus ou marginalisés peuvent être réintégrés dans la société. Selon Sen (1999), la réinsertion sociale nécessite la création d’opportunités et de ressources pour les individus qui ont été exclus. Dans le contexte des écoles des monts Mandara, la réinsertion sociale des élèves ex-associés à Boko Haram nécessite la création d’un environnement sûr et inclusif qui leur permette de se réinsérer dans la société.

La neuroéducation est un concept qui fait référence à l’application des connaissances sur le fonctionnement du cerveau pour améliorer l’apprentissage et la performance scolaire. Selon Jensen (2001), la neuroéducation peut aider les individus à développer des compétences sociales et émotionnelles qui sont essentielles pour la réinsertion sociale. Dans le contexte des écoles des monts Mandara, la neuroéducation peut être utilisée pour aider les élèves ex-associés à Boko Haram à développer des compétences sociales et émotionnelles qui leur permettent de se réinsérer dans la société.

La revue de la littérature sur le sujet de la réduction de la stigmatisation envers les ex-associés à Boko Haram dans les écoles des monts Mandara met en évidence plusieurs variables majeures. La première variable est la stigmatisation elle-même. Nous retenons de ce qui précède qu’elle est peut être observée et analysée en ce qu’elle peut avoir des conséquences graves sur la santé mentale et physique des individus stigmatisés (Link et Phelan, 2001). Dans le contexte des écoles des monts Mandara, la stigmatisation envers les élèves ex-associés à Boko Haram peut aussi prendre la forme d’une exclusion sociale, d’une discrimination et d’une marginalisation.

Une autre variable majeure est la réinsertion sociale, qui est définie par Sen (1999) comme le processus par lequel les individus qui ont été exclus ou marginalisés peuvent être réintégrés dans la société. Les études ont montré que la réinsertion sociale nécessite la création d’opportunités et de ressources pour les individus qui ont été exclus (Sen, 1999). Dans le contexte des écoles des monts Mandara, la réinsertion sociale des élèves ex-associés à Boko Haram nécessite la création d’un environnement sûr et inclusif qui leur permette de se réinsérer dans la société. Les études ont également montré que la neuroéducation peut jouer un rôle important dans la réinsertion sociale en aidant les individus à développer des compétences sociales et émotionnelles (Jensen, 2001).

Enfin, la variable de la neuroéducation est également importante dans ce contexte.

 

  1. Méthodologie

Les Monts Mandara, situés à la frontière entre le Cameroun et le Nigéria, constituent un espace montagneux, s’étendant sur environ 150 kilomètres de long et 70 kilomètres de large. Ce relief escarpé, composé de plateaux, de massifs granitiques et volcaniques, influence directement le mode de vie et l’organisation socio-économique des populations locales.

Le climat des Monts Mandara est de type soudano-sahélien, caractérisé par une longue saison sèche de huit mois et une courte saison des pluies de quatre mois. Cette variabilité climatique impose une forte dépendance aux ressources en eau, dont l’accès est une contrainte majeure, influençant les modes de production agricole et la répartition des populations (Seignobos, 2014). Ces contraintes expliquent en partie la dispersion des habitats, souvent concentrés sur des versants protégés pour maximiser l’accès à l’eau et minimiser l’impact des sécheresses.

Sur le plan humain, les Monts Mandara sont habités par une mosaïque de groupes ethniques, dont les Mandara, Mafa, Kapsiki, Podokwo, les Kanuri, les Glavda, les Mofu, etc. qui partagent une histoire commune de résistance aux razzias esclavagistes et d’adaptation en villages fortifiés qui a renforcé la cohésion communautaire (Chétima, 2011).

L’économie locale repose essentiellement sur une agriculture de subsistance, marquée par la culture du mil, du sorgho, de l’arachide et des légumes adaptés aux sols montagneux (MINEPAT, 2019). Les habitants combinent souvent l’agriculture avec des activités complémentaires comme l’élevage, l’artisanat et le commerce transfrontalier, ayant favorisé une certaine intégration régionale, avec des réseaux de commerce de bétail, de céréales et d’artisanat qui permettent aux habitants d’accéder à des ressources complémentaires. Cependant, la crise Boko Haram a profondément perturbé ces dynamiques économiques, entraînant la fermeture de certaines routes commerciales et rendant les transactions plus risquées (ISS, 2022). En conséquence, de nombreuses communautés ont dû revoir leurs stratégies de subsistance, renforçant ainsi la dépendance à des initiatives locales de résilience et à l’économie informelle.

Malgré ces contraintes, la région conserve une grande importance culturelle et identitaire. Les rituels traditionnels, les cérémonies religieuses et les structures sociales communautaires jouent un rôle central dans la régulation des tensions et la transmission des valeurs collectives. Selon Garakcheme (2020), les Monts Mandara sont considérés comme des espaces symboliques, où se déroulent des cérémonies ancestrales liées à la fertilité des terres, aux cycles agricoles et aux initiations communautaires. Ces pratiques culturelles renforcent les liens sociaux et contribuent à structurer l’appartenance des individus à leurs groupes d’origine.

Dans le contexte de la réintégration des ex-associés de Boko Haram, ces dynamiques spatiales et sociales revêtent une importance stratégique. En effet, les structures communautaires traditionnelles, bien que fragilisées par l’insécurité et les déplacements de population, restent des leviers fondamentaux pour la réhabilitation et la stabilisation des territoires. Toutefois, la persistance d’une méfiance envers les anciens captifs et combattants, combinée aux pressions économiques et environnementales, rend cette réintégration particulièrement délicate. L’équilibre entre cohésion sociale, accès aux ressources et sécurité constitue ainsi un défi central pour l’avenir des Monts Mandara.

Du point de vue administratif, notre étude couvre cinq (05) des onze (11) arrondissements ou communes (07 dans le département du Mayo-Tsanaga avec pour chef-lieu Mokolo, 03 dans le département du Mayo-Sava avec pour chef-lieu Mora et 01 dans le département du Diamaré avec pour chef-lieu Maroua). Il s’agit des Communes de Mokolo, Mozogo, Kolofata, Mora et Méri, choisies en raison de la présence des enfants ex-associés à Boko Haram dans les écoles où des élèves et enseignants ont été interrogés, pendant le mois de janvier 2024 pour la collecte des données primaires

Cette étude a utilisé une approche mixte, combinant des méthodes qualitatives et quantitatives, auprès des enfants ex-associés à Boko Haram scolarisés dans les écoles des monts Mandara, ainsi que les enseignants et les directeurs d’école qui travaillent avec ces élèves. Un échantillon de 100 élèves ex-associés à Boko Haram et de 50 enseignants et directeurs d’école a été sélectionné pour participer à l’étude.

L’échantillonnage a été réalisé à l’aide d’une méthode de sélection aléatoire stratifiée. Les écoles des monts Mandara accueillant des enfants ex-associés à Boko Haram ont été divisées en trois strates en fonction de leur taille et de leur localisation. Dans chaque strate, les écoles ont été sélectionnées aléatoirement, et les ex-associés à Boko Haram et les enseignants et directeurs d’école ont été sélectionnés aléatoirement dans chaque école. Les tableaux ci-après présentent les principales caractéristiques démographiques de notre échantillon :

 

Tableau 1 : Statistique démographiques des enfants ex-associés

Fréquence Pourcentage
Enfants Ex-associés Age
7-9 ans 18 18%
10-12 ans 36 36%
13-16 ans 46 46%
TOTAL 100 100%
Sexe
Masculin 47 47%
Féminin 53 53%
TOTAL 100 100%
Fréquente dans son village natal ?
Oui 37 37%
Non 63 63%
TOTAL 100

100%

Mamtsaï (2025)

 

Tableau 2 : Statistique démographiques du personnel éducatif

Fréquence Pourcentage
Enseignants et directeurs d’écoles Age
20-25 ans 8 16%
26-30 ans 16 32%
30-35 ans 23 46%
35 ans et plus 3 6%
TOTAL 50 100%
Sexe
Masculin 21 42%
Féminin 29 58%
TOTAL 50 100%
Fonction
Enseignant 39 78%
Directeur 11 22%
TOTAL 50 100%
Ancienneté
Moins de 2 ans 8 16%
2-4 ans 23 46%
4 ans et plus 19 38%
TOTAL 50 100%

Mamtsaï (2025)

Un questionnaire a été administré aux élèves ex-associés à Boko Haram pour collecter des informations a été également administré aux enseignants et directeurs d’école pour collecter des informations sur leurs perceptions de la stigmatisation et de la réinsertion sociale des ex-associés à Boko Haram. Des entretiens individuels ont été réalisés avec les élèves ex-associés à Boko Haram et les enseignants et directeurs d’école pour collecter des informations plus détaillées sur leurs expériences et perceptions. Des observations de classe ont été réalisées pour collecter des informations sur la manière dont les enseignants et les élèves interagissent dans la classe.

Les données quantitatives collectées à l’aide des questionnaires ont été analysées à l’aide de statistiques descriptives et inférentielles (ANOVA, régression linéaire). Les données qualitatives collectées à l’aide des entretiens individuels et des observations de classe ont été analysées à l’aide d’une analyse de contenu et d’une analyse thématique. Les données ont été analysées pour identifier les facteurs qui contribuent à la stigmatisation et à la réinsertion sociale des élèves ex-associés à Boko Haram dans les écoles des monts Mandara. Les données ont été également analysées pour identifier les stratégies qui peuvent être utilisées pour réduire la stigmatisation et améliorer la réinsertion sociale des élèves ex-associés à Boko Haram dans les écoles des monts Mandara. Les résultats de l’étude ont été utilisés pour développer un programme de neuroéducation qui peut être utilisé pour réduire la stigmatisation et améliorer la réinsertion sociale des ex-associés à Boko Haram dans les écoles des monts Mandara.

  1. Resultats

Résultats qualitatifs

Les entretiens individuels et les observations de classe ont permis de collecter des données qualitatives qui ont été traitées à l’aide d’une analyse de contenu et d’une analyse thématique. Les résultats qualitatifs montrent que les ex-associés à Boko Haram ont rapporté avoir subi des expériences traumatisantes et avoir été stigmatisés par leurs pairs et leurs communautés.

3/5 des élèves ex-associés ayant répondu estiment qu’ils ne se sentent plus stigmatisés au moment de l’enquête. Ils trouvent qu’ils bénéficient du même accès à l’éducation que les membres des communautés. Aussi un enfant a-t-il assuré : « Ici, je vais à l’école, il y a la paix ». Selon un directeur d’école, « les parents ex-associés sont satisfaits car leurs enfants fréquentent le même établissement que les enfants de la communauté hôte ». Un enseignant a aussi témoigné que « les enfants partagent les mêmes tables-bancs. Ils jouent ensemble avec ceux des communautés hôtes sans problème pendant la récréation ». Toutefois presque tous ces 3/5 d’élèves ex-associés interrogés se souviennent qu’ils ont été stigmatisés au début, à leur arrivée, comme les 2/5 qui s’estiment encore stigmatisés.

Un des élèves ex-associé a affirmé : « parfois, nous nous fâchions, nous étions en colère et nous bagarrions ». C’est presque pareil à ce dont se rappelle cet autre élève ex-associé, à la différence que la stratégie de réponse est différente : « Ça nous énervait, mais on pratiquait la résilience ». Un enseignant rappelle que certains des élèves disaient au départ que les camarades ex-associés à Boko Haram étaient des « méchants » dont les parents ont tué plusieurs personnes innocentes. « Bien que nous vivons ensemble dans la paix maintenant, il y’a toujours cette peur qui réside encore en chacun de nous, qu’ils reprennent leur méchanceté ». « A Zamay, la population au départ était contre notre installation », se rappelle un élève ex-associé. Un autre déclare : « Les membres de la communauté hôte étaient amers à notre endroit. Ils ont commencé à manifester de la sympathie à notre endroit avec l’arrivée des ONG munies des dons qu’on distribuait aussi aux populations hôtes. À cette époque, ils étaient contents de nous avoir. Maintenant que les ONG sont fatiguées et sont entrain de partir, les ressources et les dons sont très peux ; les membres de la communauté hôte recommencent à se fâcher contre nous ».

Les éléments de stigmatisation identifiés peuvent être regroupés en trois groupes, la stéréotypisation, la discrimination et l’hostilité. La stéréotypisation renvoie à l’attribution de caractéristiques négatives aux ex-associés, qui se manifeste par les insultes, les préjugés, les idées reçues ou la dévalorisation. Un élève ex-associé exemplifie les insultes et moqueries comme suit : « On nous a qualifiés de mauvaises personnes, de terroristes, de criminels, des indignes, des gens de la brousse, des méchants Boko haram ».

Les préjugés et idées reçues, peuvent être identifiés comme « le refus de manger avec nous dans le même plat lors de certaines cérémonies festives ou religieuses prétextant que nous avons la main souillée avec le sang humain » comme a témoigné un élève ex-associé. Un enseignant a renchéri : « Les ex-associés sont les premiers à être suspectés lorsqu’il y a les cas de vol ou de tout autre comportement déviant ». C’est pour cela qu’un autre enseignant a signalé : « Lorsqu’un habitant de Zamay rencontrait dans une route étroite un ex-associé, ce dernier fuyait automatiquement ». Un exemple de la dévalorisation est « La non-acceptation qu’un ex-associé musulman dirige la prière impliquant aussi les communautés hôtes ».

La discrimination renvoie au traitement inégal ou injuste des ex-associés en raison de leur passé, qui se manifeste par le manque de considération, la frustration, le rejet ou l’exploitation de leurs ressources.  Un exemple de la considération différenciée est ce que témoigne ainsi un enseignant : « Les ex-associés sont fouillés et filés lors des cérémonies de grand regroupement par les membres des comités de vigilance, alors que les membres de la communauté ne le sont pas ».  « Je me sentais frustré et gêné, mais je supportais tout » avoue un élève.  « D’autres se culpabilisaient, étaient tristes et s’isolaient » déclare un directeur d’école.

L’hostilité renvoie à l’expression de sentiments négatifs ou agressifs envers les ex-associés qui se manifeste par l’intimidation, la condamnation et la réaction. Les ex-associés ont relaté quelques exemples d’intimidation : « Ils nous traitent des wari-wari (ou des venants), des envahisseurs ».

Les conséquences de ces stigmatisations sur la vie quotidienne des ex-associés sont surtout décrites en ce qui concerne la santé physique et mentale. Les stigmatisations des ex-associés ont plus d’impact sur leur santé mentale (21%) que sur leur santé physique (11%). Les réponses indiquent que le statut d’ex-associé a affecté leur santé mentale, causant de la fatigue, de l’insomnie, de l’anxiété ou de la dépression.  Les cauchemars continus qui reviennent et alimentent les souvenirs de la terreur entretiennent l’insomnie chez certains ex-associés. D’où ce témoignage d’un enseignant : « Ils avaient visiblement beaucoup de soucis, des anciens souvenirs sous le contrôle de Boko Haram leur revenaient. Ils se rappelaient et évoquaient la perte de certains membres de leur famille ou leurs amis. Ces anciens souvenirs leurs causaient des cauchemars ».  

En somme, les enseignants et les directeurs d’école ont rapporté avoir des difficultés à gérer les comportements des élèves ex-associés à Boko Haram et à les intégrer dans la classe. Les ex-associés à Boko Haram ont exprimé le besoin d’un soutien psychologique et d’une éducation qui leur permette de se réinsérer dans la société. Les enseignants et les directeurs d’école ont exprimé le besoin d’une formation qui leur permette de mieux comprendre les besoins des ex-associés à Boko Haram et de les aider à se réinsérer dans la société.

 

Résultats quantitatifs

Les questionnaires administrés aux élèves ex-associés à Boko Haram et aux enseignants et directeurs d’école ont permis de collecter des données quantitatives qui ont été analysées à l’aide de statistiques descriptives et inférentielles. Les principaux résultats quantitatifs sont regroupés dans les tableaux suivants :

Tableau 3 : Réponses des enseignants interrogés

Communes Nombre d’école accueillant les ex-associés Nombre d’enseignants interrogés Difficultés à gérer les comportements des élèves ex-associés à Boko Haram Besoin d’une formation en prise en charge spécifique des élèves ex-associés
OUI NON OUI NON
Mokolo 5 13 4 4 5 3
Mozogo 3 16 5 2 6 1
Kolofata 3 7 4 1 5 0
Mora 4 6 5 1 5 1
Méri 5 8 3 1 4 0
TOTAL 20 50 21 9 25 5

Source : Mamtsaï (2025)

 

Tableau 4 : Réponses des élèves ex-associésµ

Communes Nombre d’élèves ex-associés Expériences traumatisantes subies ? Stigmatisation subie ? Besoin d’un soutien psychologique ?
OUI NON OUI NON OUI NON
Mokolo 20 15 5 6 14 18 2
Mozogo 20 13 7 13 7 19 1
Kolofata 20 17 3 14 6 17 3
Mora 20 18 2 17 3 17 3
Méri 20 17 3 15 5 19 1
TOTAL 100 80 20 65 35 90 10

Source : Mamtsaï (2025)

De ces tableaux, nous notons que 80% (80 sur 100) des élèves ex-associés à Boko Haram ont rapporté avoir subi des expériences traumatisantes. 70% (35 sur 50) des enseignants et des directeurs d’école ont rapporté avoir des difficultés à gérer les comportements des ex-associés à Boko Haram. 90% (90 sur 100) des ex-associés à Boko Haram ont exprimé le besoin d’un soutien psychologique. 84% (42 sur 50) des enseignants et des directeurs d’école ont exprimé le besoin d’une formation qui leur permette de mieux comprendre les besoins des ex-associés à Boko Haram.

 

Tableau 5 : Récapitulatif des tests statistiques

Analyse Variable Résultat p-value
Test de chi-deux Stigmatisation vs Expériences traumatisantes Corrélation significative < 0,001
Analyse de variance Stigmatisation vs Soutien psychologique Différence significative < 0,01

Source : Mamtsaï (2025)

Le test de chi-deux a montré qu’il existe une corrélation significative entre la stigmatisation et les expériences traumatisantes des ex-associés à Boko Haram (p < 0,001). L’analyse de variance a montré qu’il existe une différence significative entre les scores de stigmatisation des ex-associés à Boko Haram qui ont reçu un soutien psychologique et ceux qui n’en ont pas reçu (p < 0,01).  La régression linéaire a montré qu’il existe une relation significative entre la stigmatisation et les comportements des ex-associés à Boko Haram (p < 0,001).

Ces résultats suggèrent que la stigmatisation est un problème majeur pour les élèves ex-associés à Boko Haram dans les écoles des monts Mandara, et que la neuroéducation peut jouer un rôle important dans la réduction de la stigmatisation et l’amélioration de la réinsertion sociale des ex-associés à Boko Haram.

  1. Interpretation

Les résultats de l’étude peuvent être interprétés à la lumière de la théorie de la « capabilité » développée par Sen (1999). Sachant qu’elle postule que la capabilité est la capacité d’un individu à réaliser ses objectifs et à atteindre ses aspirations, grâce à la combinaison des ressources, des opportunités et des capacités personnelles. Les résultats de l’étude montrent que les élèves ex-associés à Boko Haram dans les écoles des monts Mandara ont des difficultés à réaliser leurs objectifs et à atteindre leurs aspirations en raison de la stigmatisation et de l’exclusion. Les résultats montrent également que la stigmatisation est un problème majeur pour les élèves ex-associés à Boko Haram, et que la neuroéducation peut jouer un rôle important dans la réduction de la stigmatisation et l’amélioration de la réinsertion sociale des ex-associés à Boko Haram.

En termes de capabilité, les résultats de l’étude suggèrent que les élèves ex-associés à Boko Haram ont des difficultés à développer leurs capacités personnelles en raison de la stigmatisation et de l’exclusion. Les résultats montrent également que les élèves ex-associés à Boko Haram ont besoin de ressources et d’opportunités pour développer leurs capacités personnelles et réaliser leurs objectifs. Ces résultats de l’étude suggèrent que la neuroéducation peut jouer un rôle important dans la réduction de la stigmatisation et l’amélioration de la réinsertion sociale des élèves ex-associés à Boko Haram en fournissant des ressources et des opportunités pour développer leurs capacités personnelles.

 

  1. Discussion

Les résultats de cette étude suggèrent que la neuroéducation peut jouer un rôle important dans la réduction de la stigmatisation et l’amélioration de la réinsertion sociale des ex-associés à Boko Haram. Cette conclusion est soutenue par plusieurs auteurs qui ont étudié l’impact de la neuroéducation sur la réinsertion sociale des individus qui ont été victimes de traumatismes. Par exemple, Jensen (2001) a montré que la neuroéducation peut aider les individus à développer des compétences sociales et émotionnelles qui sont essentielles pour la réinsertion sociale. De même, Van der Linden (2018) a souligné l’importance de la neuroéducation dans la réduction de la stigmatisation et l’amélioration de la réinsertion sociale des individus qui ont été victimes de traumatismes.

Cependant, d’autres auteurs sont plus critiques envers l’idée que la neuroéducation peut jouer un rôle important dans la réduction de la stigmatisation et l’amélioration de la réinsertion sociale des ex-associés à Boko Haram. Par exemple, Wagnon (2019) a argumenté que la neuroéducation peut être utilisée comme un outil de contrôle social, plutôt que comme un moyen de promouvoir la réinsertion sociale. De même, Malaguarnera (2017) a souligné les limites de la neuroéducation dans la réduction de la stigmatisation et l’amélioration de la réinsertion sociale des individus qui ont été victimes de traumatismes. D’autres auteurs comme Sherin et Nemeroff (2011) Cross et al. (2017) et Achilli (2024) ont également critiqué l’idée que la neuroéducation peut jouer un rôle important dans la réduction de la stigmatisation et l’amélioration de la réinsertion sociale des ex-associés à Boko Haram.

En résumé, les résultats de cette étude indiquent que la neuroéducation pourrait contribuer à la réduction de la stigmatisation et à l’amélioration de la réinsertion sociale des élèves ex-associés à Boko Haram. Des chercheurs comme Jensen (2001), Siegel (2015) et Van der Kolk (2003) soulignent que les approches neuroéducatives, en favorisant la résilience cognitive et émotionnelle, peuvent faciliter la reconstruction identitaire et la réhabilitation psychosociale des individus ayant vécu des traumatismes. Cependant, ces perspectives ne font pas l’unanimité. Certains chercheurs remettent en question la pertinence de l’application des neurosciences aux politiques de réinsertion sociale, estimant que ces approches réduisent des phénomènes complexes à des déterminants biologiques (Fitzgerald & Callard, 2015). Rose et Abi-Rached (2013) soulignent le risque d’une neurobiologisation du social, qui pourrait masquer les dimensions structurelles de la marginalisation.

Ainsi, bien que la neuroéducation offre des pistes intéressantes pour la réhabilitation des élèves ex-associés à Boko Haram, son efficacité et ses implications doivent être examinées avec prudence dans une perspective interdisciplinaire.

 

Conclusion

Les résultats de cette étude suggèrent que la neuroéducation peut jouer un rôle important dans la réduction de la stigmatisation et l’amélioration de la réinsertion sociale des ex-associés à Boko Haram. Cette conclusion est soutenue par Jensen (2001) qui a montré que la neuroéducation peut aider les individus à développer des compétences sociales et émotionnelles qui sont essentielles pour la réinsertion sociale. De même, Siegel (2015) et Van der Kolk (2003) ont souligné l’importance de la neuroéducation dans la réduction de la stigmatisation et l’amélioration de la réinsertion sociale des individus qui ont été victimes de traumatismes.

Cependant, d’autres auteurs, comme Fitzgerald et Callard (2015) et Abi-Rached (2013)   ont argumenté que la neuroéducation peut être utilisée comme un outil de contrôle social, plutôt que comme un moyen de promouvoir la réinsertion sociale.

 

 

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[1] « Stratégie pour le relèvement et la consolidation de la paix dans les régions du Septentrion et de l’Est du Cameroun 2018–2022 » ; publiée en 2017, [En ligne], https://fpi.ec.europa.eu/system/files/2021-05/cameroon_rpba_2017.pdf consulté le 10 février 2024

[2] NRC; «West and Central Africa: Alarming rise in school closures»; publié en 2024; [En ligne], https://www.nrc.no/news/2024/september/central-and-west-africa-education/ consulté le 10 février 2024


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